Mária SURDUCAN

Née en 1985 à Cluj-Napoca en Roumanie, Mária finit son MA post universitaire en 2011 à l’université d’Art et design. Elle participe à plusieurs anthologies de BD Est-Européenne (Book of George, Urban Comics, etc.) en 2011 et 2012. Auteur de plusieurs livres jeunesse et BD en Roumanie, elle sort son premier album en France en 2015 : « Foire de nuit » (édition Le Moule à Gaufres). Puis scénarise « Naïade » pour Anna J. Benczédi en 2017 aux éditions Makaka. Scénario, dessin, couleur et également maquette, Mária maîtrise tous les aspects artistiques d’un album. Elle est sans conteste le fer de lance de la nouvelle génération auteurs de BD en Roumanie. Mais pas seulement ; elle organise toutes sorte d’évènements liés au graphisme et participe, entre autres, à l’illustration de jeu de société, à des collectifs d’auteurs, à des fanzines et à des films d’animation.

INTERVIEW

Bonjour Maria, je crois savoir que tu habites dans le froid et la brume des Carpates. D’où cette première question : Est-ce que tu t’es tournée vers le dessin pour fuir les cimetières, les fantômes et les chauves-souris ?
Mince, on a découvert mon secret. Je suis en effet l’incarnation de trois chauves-souris qui aiment dessiner.

Tu parles également très bien français. Comment as-tu découvert cette langue pas évidente et pourquoi as-tu décidé de l’étudier pour la maîtriser quasiment parfaitement ?
C’est la faute de l’Institut Français de Cluj. Bon, en Roumanie on apprend deux langues étrangères à l’école, pour moi c’était l’anglais et le français, mais c’est à la suite de mes lectures extrascolaires que j’ai commencé à aimer les langues pour les maitriser. Et l’institut Français avait une médiathèque pleine de bande dessinée, donc j’ai commencé avec Les Schtroumfs, et puis j’ai continué avec Astérix, Gaston Lagaffe et Le chat du Rabin.

D’ailleurs, enfant, que lisais-tu ? Quelles histoires de faisaient rêver et frémir ?
Avant de commencer à lire, c’est mon père qui me lisait des contes de fée. Le premier livre que j’ai lu toute seule, c’était Le Petit Prince, puis j’ai adoré Jules Verne (enfin… j’avais une légère tendance à éviter les longues descriptions), Karl May et Terry Pratchett (qui reste mon auteur préféré). Je suppose que ce que j’aime dans une histoire c’est la subversion des attentes et la magie qui s’intègre à la réalité.

Scénario, dessin, couleur et même maquette et lettrage, comme bon nombre de jeunes auteurs roumains tu sembles maîtriser tous les aspects créatifs d’un album de bande dessinée. Comment expliques-tu cette polyvalence ?
On n’a pas vraiment le choix, c’est la vraie réponse. Comme il n’y a pas d’écoles de bande dessinée, les auteurs roumains commencent un peu de zéro et apprennent au fur et à mesure, souvent seuls. On fait beaucoup de fautes comme ça, mais on a aussi le contrôle créatif total de ce qu’on fait. Il n’y a pas beaucoup d’auteurs, en effet, et c’est plutôt difficile de trouver quelqu’un qui se soit spécialisé seulement sur les scénarios ou les couleurs.

Après Foire de nuit (2015 – éditions du moule à gaufres) et Au cœur des terres ensorcelées (2019 – Les Aventuriers de l’Etrange), le 12 septembre sortira en France ta 3ème bande dessinée : Le bal des douze princesses : les merveilleux contes de Grimm #2. Explique-nous comment est née cet album.
Est-ce que vous avez un peu du temps ? Parce que ce n’est pas une réponse linéaire. J’ai toujours été intéressée par les costumes populaires – ceux roumains au commencement, et puis celles de la région. J’avais un projet, qui s’appelait Les Voisins et qui explorait un peu les costumes des pays qui se trouvent autour de la Roumanie. C’est comme ça que j’ai découvert les vêtements bulgares de Rhodope. J’ai poursuivi avec The Imaginary Costume Museum, qui était un exercice de style autant qu’un exercice ethnographique. Et après j’ai reçu une commande pour une session de live-drawing. J’ai choisi Le bal des douze princesses comme point de départ. Le personnage principal porte un costume de Rhodope, les princesses, elles, des robes modernes de 1930. Puis j’ai adapté l’histoire en une série de dessins en noir et blanc, qui sont plus tard devenues un webcomic. Et puis Marc-Antoine des Éditions Les Aventuriers de L’étrange m’a écrit sur Facebook et m’a proposé de faire un album dans la collection Les merveilleuse contes de Grimm.

En faisant un parallèle entre ces 3 albums, au-delà de la trame générale des histoires invitant chaque fois au merveilleux, on remarque des interrogations communes : Quelle place pour l’héritage du passé dans le monde actuel ? Quelle conséquence provoquent la course à la modernité ? Comment expliques-tu ces questionnements qui semblent être encrées en toi ?
Nastratin Hogea est un personnage de la mythologie des Balkans. Il a tendance à raconter des histoires au sens multiple et parfois on lui demande d’expliquer ce qu’il veut dire. Sa réponse sera la mienne : ”Aimerais-tu que le vendeur d’abricots les mange devant toi, en te donnant seulement les noyaux ? ” Je vis dans le monde, et je ne fais qu’avoir des réactions à ce qui se passe autour de moi.

Sans compter les maquettes des Lutins et le cordonnier : les merveilleux contes de Grimm #1, Le sceau du dragon – 1. Ari le chasseur et prochainement Histoire(s) à dormir debout, Le Bal des douze princesses est ton second projet avec Les Aventuriers de l’Étrange. Comment est née et se passe la collaboration ? As-tu d’autres projets à venir avec cette jeune structure éditoriale ?
Je crois que l’éditeur a trouvé l’édition roumaine d’Au cœur des terres ensorcelées chez un bouquiniste de Paris, et puis il a trouvé l’auteure sur Facebook. Que le monde est petit ! Oui, on travaille sur d’autres projets. Je ne vais pas les dévoiler, pas encore…

Enfin, on me demande souvent : « A quoi ressemble Maria Surducan ? » Alors je leur montre l’illustration de la page titre du bal des douze princesses. Franchement, la plus jeune des princesses, c’est un peu toi, non ?
Un peu, oui. Surtout les cheveux, je suppose.

Merci beaucoup pour ta disponibilité, Maria.

BIBLIOGRAPHIE B.D.

Karel Líman #arhitect – 2014 – inédit en France

Foire de nuit Le Moule à Gaufres 2015

Naïade (dessin : Anna J. Benczédi) – Makaka – 2017

Au cœur des terres ensorceléesLes Aventuriers de l’Étrange – 2019

Le bal des 12 princesses : les merveilleux contes de Grimm #2Les Aventuriers de l’Étrange – 2019

Les vacances de Nor #1 (co-auteure : Ileana) – Les Aventuriers de l’Étrange – 2020

Les vacances de Nor #2 (co-auteure : Ileana) – Les Aventuriers de l’Étrange – 2020